Cherchez son corps, enfants, plus tard nous chercherons son meurtrier. Comme le cheval était rentré par la porte de Hango, tous les serviteurs seprécipitèrent par cette porte, et on vit leurs torches s'égarer dans la campagne et s'enfoncer dans la forêt, comme, dans un beau soir d'été, on voitscintiller les lucioles dans les plaines de Nice et de Pise, Smérande, comme si elle eût été convaincue que la recherche ne serait pas XIV LES DEUX FRÈRES. 142 Page 146 Les mille et un fantomes longue, attendit debout à la porte, Pas une larme ne coulait des yeux de cette mère désolée, et cependant onsentait gronder le désespoir au fond de son coeur. Grégoriska se tenait derrière elle, et j'étais près de Grégoriska. Il avait un instant, en quittant lasalle, eu l'intention de m'offrir le bras, mais il n'avait point osé. Au bout d'un quart d'heure à peu près, on vit au tournant du chemin reparaître unetorche, puis deux, puis toutes les torches. Seulement cette fois, au lieu de s'éparpiller dans la campagne, elles étaient massées autour d'un centre commun. pull lacoste pas cher Ce centre commun, on put bientôt voir qu'il se composait d'une litière et d'un homme étendu sur cette litière, Le funèbre cortège s'avançait lentement, maisil s'avançait. Au bout de dix minutes, il fut à la porte, En apercevant la mère vivante qui attendait le fils mort, ceux qui le portaient se découvrirentinstinctivement, puis ils rentrèrent silencieux dans la cour. Smérande se mit à leur suite, et nous, nous suivîmes Smérande, On atteignit ainsi la grandesalle, dans laquelle on déposa le corps. Alors, faisant un geste de suprême majesté, Smérande écarta tout le monde, et, s'approchant du cadavre, elle mit ungenou en terre devant lui, écarta les cheveux qui faisaient un voile à son visage, le contempla longtemps, les yeux secs toujours, puis, ouvrant la robemoldave, écarta la chemise souillée de sang. Cette blessure était au côté droit de la poitrine, Elle avait dû être faite par une lame droite et coupante desdeux côtés. Je me rappelai avoir vu le jour même, au côté de Grégoriska, le long couteau de chasse qui servait de baïonnette à sa carabine, Je cherchai àson côté cette arme, mais elle avait disparu. Smérande demanda de l'eau, trempa son mouchoir dans cette eau, et lava la plaie, Un sang frais et pur vintrougir les lèvres de la blessure, Le spectacle que j'avais sous les yeux présentait quelque chose d'atroce et de sublime à la fois. lacoste pas chere, Cette vaste chambre,enfumée par les torches de résine, ces visages barbares, ces yeux brillants de férocité, ces costumes étranges, cette mère qui calculait, à la vue du sangencore chaud, depuis XIV LES DEUX FRÈRES. 143 Page 147 Les mille et un fantomes combien de temps la mort lui avait pris son fils, ce grand silence,interrompu seulement par les sanglots de ces brigands, dont Kostaki était le chef, tout cela, je le répète, était atroce et sublime à voir. Enfin Smérandeapprocha ses lèvres du front de son fils, puis, se relevant, puis, rejetant en arrière les longues nattes de ses cheveux blancs qui s'étaient déroulés . Grégoriska , ditelle, Grégoriska tressaillit, secoua la tête, et sortant de son atonie, Ma mère, réponditil. Venez ici, mon fils, et écoutezmoi. Grégoriska obéit en frémissant, mais il obéit. A mesure qu'il approchait du corps, le sang, plus abondant et plus vermeil, sortait de la blessure, Heureusement, Smérandene regardait plus de ce côté, car, à la vue de ce sang accusateur, elle n'eût plus eu besoin de chercher qui était le meurtrier.